La société d'émotion - interview de André Soulier


On revient sur vous, vous parliez de l'instrumentalisation du procès pénal. On entend depuis quelques années notamment par Jacques Degrandis de la mise en scène du malheur des victimes au cours du procès pénal qui tend à transformer la juste la justice en catharsis.

 

C'est très exactement ce que je vous ai dit tout à l'heure je suis très content de pouvoir l'aborder à nouveau et que j'ai constaté dans le procès qui en fait ici l'archevêque de Lyon. J'ai parlé d'émotions société d'émotion mais c'est exactement ça.

 

Depuis on voit bien qu'il y a une tendance du droit je ne sais pas si mon ami Robbie Robert Badinter n'a pas abordé ça aussi d'une certaine manière si les victimes étaient effectivement abandonnées longtemps enfin. Mais enfin quand même quand même quand on tranchait le cou des gens on ne pouvait pas dire qu'on était aimable avec les assassins. Non bien mais peu à peu la défense des catégories s'est imposée et la parole a été donnée plus abondamment et la conjugaison de la participation à l'information à travers les télévisions les réseaux sociaux et aujourd'hui les chaînes publiques d'information continue.

 

 C'est l'aboutissement c'est j'ai. Je n'ai rien contre le gilet jaune lui-même mais enfin quand je vois toutes les chaînes de télévision en continu qui donnent la parole pendant des heures à des gens dont je ne sais pas ce qu'ils disent, je sais ce qu'ils éprouvent mais ça ne justifie pas l'étalement de cette difficulté sur ces tartines auquel ressemble désormais certains... certaines télévisions mais les cours d'assises ça a été un peu ça la part faite à l'émotion. Les tribunaux correctionnels aussi en moindre partie dans la mesure où ce sont des magistrats professionnels et que prennent garde à éviter cela. Mais je crois que c'est vrai c'est une tendance de l'époque il va falloir y mettre bon ordre.

 

Vous pensez quoi du législateur en matière pénale. Vous parlez justement de ces choses-là qui sont faites. Mais il y a également aujourd'hui par exemple il y a l'expérimentation des nouvelles cours criminelle de la réforme du 23 mars 2019 ?

 

Je pense que nous sommes dans une dans un moment de grande confusion. Je vois je vois les efforts que font les parlementaires. Les textes tombent les uns après les autres. Quand je suis j'allais dire Dieu merci. Mais il faut faire très gaffe à ce qu'on dit dans ces cas-là. Mais quand j'étais à la fac de droit la taille des codes c'était ça. Civile ou pénale procédure pénale. J'ai pris j'ai prêté serment comme avocat. L'année précédente on était passé du Code d'instruction criminelle au code de procédure pénale. C'était déjà quelque chose mais en fait c'était aujourd'hui. Alors s'il n'y avait pas l'informatique aujourd'hui la possibilité d'aller directement à la source du texte. Mais après tout ça il faut l'interpréter. Et après tout ça il faut l'appliquer et je pense qu'aujourd'hui le Parlement est littéralement débordé. Il met du temps pour rendre pour prendre des textes qui sont constamment remis en cause. Je vous donne un exemple là c'est une bonne chose. Je plaide pour un ancien secrétaire d'Etat au Tourisme ancien député adjoint au maire d'une commune qui est accusé de harcèlement sexuel. Il a tenté sa chance et n'a pas et n'a pas déshabillé une fille il ne l'a pas agressée mais ils lui ont collé du sursis mais à un moment, je vais en cours d'appel Cour de cassation Cour de cassation. Ce texte sur l'agression sexuelle ça n'est pas acceptable. Pas dans ces conditions. Les droits de la défense les droits de l'homme les droits de la défense les droits de la défense sont réduits. Je n'ai pas dit bafouer, ce qui était légal la qualification est assez assez lâche assez obscure. Elle prête à interprétation. Les droits de la défense ne sont pas pris à la hauteur ou ils devraient l'être et la Cour de cassation la chambre criminelle dit très bien il faut soumettre au Conseil constitutionnel. Je suis allé plaider devant le Conseil constitutionnel, avait plaidé d'ailleurs enregistré en bois en mentant en mentant même commencer à dire "je ne suis pas rancunier puisque je vais plaider ici pour l'abrogation d'un texte au profit  de la voix, de la loi mais pour un homme qui m'a battu aux élections législatives en 1973 mais le père de mon suppléant nous a vengé en étant élu 14 ans président de la République mon suppléant de l'époque" s'appelait Gilbert Mitterrand il avait 23 ans et c'est François qui avait dit qu'il m'avait dit Vous êtes dans le Beaujolais prenez etc. Bon donc je n'en dis pas davantage.  Abroger. Bien nous sommes au printemps 2012. Et en 2012 il y a des élections présidentielles où François Hollande va battre Nicolas Sarkozy. Et il est président. L'important c'est quand même très vite d'essayer de parler de la situation économique et sociale. Il passe trois jours à la fin du mois de juillet alors qu'ils ont bien d'autres choses à faire. Il vient d'être élu en mai un salaire au mois de mai je crois comme président de la République et la première des choses c'est de se préoccuper de ce texte. Ce n'était pas la révolution. Les femmes n'étaient pas en danger. Et puis après tout c'est incroyable. A partir de là je considère que on cède là aussi une nouvelle fois.  Ce n'était pas la première mais on a cédé précisément à ce déferlement d'émotion à des groupes de pression. Je ne reproche pas aux femmes de se défendre elles ont raison de se défendre. Je ne reproche pas au législateur de se préoccuper d'avoir un texte qui tienne debout plus sévère. Très bien mais en tout cas cette souplesse de précipitation de réponse à l'opinion immédiate qu'est-ce que c'est que ces gens. Qu'est-ce que c'est que ces gouvernants qui n'ont rien de plus pressé que donner satisfaction comme on le trouve dans la Bible aux Moluques espèce de féroce barbus est là il faut nourrir l'ogre de l'émotion.

 

Ils n'ont pas accès à l'instruction même vous n'y avez pas accès et l'instruction des documents qu'on les juge pour juger les et auxquels vous n'avez pas forcément accès et eux n'y ont pas accès du tout ils se permettent de donner leur avis sans avoir lu le fond de l'affaire.

 

Ah le Parlement si le Parlement veut avoir accès au dossier les avocats sont là pour fournir les pièces nommées

 

Dans le cas précis c'était c'était le ministre de l'Intérieur je crois qui avait pris position dans cette affaire-là. Sur ce texte et qui s'était permis de parler des choses vous lui avez répondu que tout allait bien.

 

Non non mais que ce soit le tumulte la houle c'est le choc des passions qui se produit et ça n'est plus le droit.

 

Donc moi je il n'y a pas il n'y a pas de vérité révélée dans un procès. Il y a la vérité du temps du moment ce n'est pas ce n’est pas on n'écrit pas pour les siècles des siècles. Mais ce que je trouve ça ouvre la porte à autre chose c'est que l'appareil judiciaire lui-même souffre beaucoup car les pouvoirs se sont toujours méfié des juges toujours ce n'est pas la peine de remonter à Antigone mais il faut il faut savoir que on ne fait pas des efforts considérables pour les autres je vous donne un exemple.

 

 Va-t-il faut savoir parler dans le désordre et dans le tumulte. Je disais l'autre jour il y a quelque temps à une magistrate de Lyon. Tout à fait remarquable chargé des grandes affaires économiques et financières les parquets font attention et le pouvoir ne pas trop toucher à ce qui est du domaine de la bataille entre actionnaires batailles entre concurrents et autres hommes des affaires privées tout alors qu'on peut commettre des abus de droit et des abus de confiance. Un certain nombre de délits etc. C'est quand même extraordinaire. Moi je suis avocat j'ai besoin de collaborateurs j'ai des stagiaires j'ai plein de gens qui peuvent me faire des recherches et je concentre ma réflexion à la façon dont on va sortir ce dossier le présenter. Mais vous êtes seul ? Ah non non vous n'êtes pas seul puisque vous êtes assisté de la police la police. Mais en matière économique et financière ils ne sont pas assez nombreux. Ça dure des mois ça dure des années des années. Mais pourquoi diable pourquoi diable avec la Maison des avocats il y a 3600 3400 avocats au barreau de Lyon et vous n'avez pas de stagiaire vous pourriez avoir vous madame. Deux - 3 stagiaires hommes et femmes qui sont là qui vous dépouillent la jurisprudence qui vous préparera un certain nombre de documents. Vous ne faites rien.

Eh oui rien à rien.

 

C'est une conception les problèmes de commerciaux les problèmes d'argent sont les problèmes les plus difficiles pour la morale des juges.